La Thaïlande viole illégalement l'intégrité territoriale du Cambodge dans 14 zones
AKP Phnom Penh, le 03 janvier 2025 -- Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a rendu public cet après-midi une déclaration concernant la protestation du Cambodge contre les violations commises par la Thaïlande dans 14 zones réparties dans quatre provinces.
D’après la déclaration, le ministère a informé la communauté internationale et le grand public de la poursuite des actes d'agression des forces armées thaïlandaises contre la souveraineté et l'intégrité territoriale du Cambodge, y compris dans des zones situées au-delà de la frontière que la Thaïlande considère comme telle, après l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu signé lors de la 3e Réunion spéciale du Comité général des frontières, le 27 décembre 2025.
Durant leurs opérations militaires d'envergure, du 7 au 27 décembre 2025, les forces armées thaïlandaises ont mené des attaques militaires coordonnées et systématiques sur plusieurs zones de la frontière internationalement reconnue, pénétrant de force dans des zones situées incontestablement en territoire cambodgien, s'en emparant et les plaçant sous leur contrôle effectif, dans quatre provinces, notamment :
Province de Banteay Meanchey : villages de Prey Chan, Chouk Chey et Boeung Trakuon ; Province de Pursat : zones de Phluk Domrei et du point d'entrée international de Thmâr Da (Chrok Chey Chomneas) ; Province de Preah Vihear : zones d'An Ses, de Ta Thav et de Phnom Troap. Province d'Oddâr Meanchey : zone d'O'Smach, Temple de K'nar, Temple de Ta Krabei, Temple de Tamone Thom, zone de Chob Angkunh et zone de Chok Krous.
Le gouvernement royal du Cambodge a protesté avec la plus grande fermeté contre les violations commises par la Thaïlande, notamment la présence illégale continue, l'occupation et les opérations militaires menées par les forces armées thaïlandaises dans ces quatre provinces cambodgiennes. Au mépris du Communiqué conjoint de la Réunion spéciale du GBC du 27 décembre 2025, qui interdit toute action provocatrice et prône la non-utilisation de la force contre les civils et les biens civils en toutes circonstances, les forces armées thaïlandaises intensifient la démolition de structures civiles et culturelles cambodgiennes, en particulier dans les villages de Prey Chan, Chouk Chey et Boeung Trakoun, province de Banteay Meanchey (voir les cartes satellites ci-jointes), et dans la zone du point d'entrée international de Thmâr Da, la province de Pursat.
Le ministère a également indiqué que l'occupation du territoire cambodgien par les forces armées thaïlandaises après le cessez-le-feu, suivie de la démolition de maisons et d'infrastructures civiles cambodgiennes, privant ainsi de nombreux civils déplacés de leur droit de retourner à leur domicile habituel, constituaient une violation flagrante des principes fondamentaux du droit international et du droit international humanitaire et des droits de l'homme, notamment :
Les articles 2(3) et 2(4) de la Charte de l’ONU, qui exigent le règlement pacifique des différends et interdisent le recours à la force contre l'intégrité territoriale d'un autre État.
L'article 53 de la Quatrième Convention de Genève de 1949, qui interdit la destruction de biens appartenant à des particuliers ou à l'État et ne saurait être justifiée par une nécessité militaire compte tenu du cessez-le-feu en vigueur.
L'article 52 du Protocole additionnel I de 1977 aux Conventions de Genève de 1949, qui interdit les attaques contre des biens de nature civile.
Il est important de souligner que le Cambodge et la Thaïlande partagent une frontière terrestre internationale délimitée par les cartes établies conformément à la Convention de 1904 et au Traité de 1907. Les Commissions mixtes frontalières (JBC) du Cambodge et de la Thaïlande ont été mises en place afin de définir la ligne de démarcation entre les bornes déjà installées. La JBC cambodgienne a également adressé une protestation écrite officielle à son homologue thaïlandaise concernant les violations du territoire cambodgien et du mandat de la JBC par les forces armées thaïlandaises. Les deux parties ont par ailleurs réalisé des progrès significatifs dans les travaux de démarcation, notamment conformément au procès-verbal convenu de la Réunion spéciale de la JBC du 22 octobre 2025.
Le gouvernement royal du Cambodge a précisé que la présence et le contrôle continus du territoire cambodgien exercés par les forces militaires thaïlandaises, dans certaines zones même au-delà de la frontière que la Thaïlande considère comme telle, constituaient une occupation illégale et continue, totalement dépourvue de fondement juridique au regard du droit international. Cette occupation, obtenue et maintenue par la menace et l'emploi de la force, contrevient au principe fondamental et impératif du droit international interdisant l'acquisition de territoire par la force. Tout contrôle territorial, acte administratif ou prétendue autorité exercée à la suite de tels agissements est dépourvu d'effet juridique et ne saurait engendrer de droits.
Les actions des forces armées thaïlandaises contredisent directement les engagements de la Thaïlande en matière de règlement pacifique des différends, tels qu'ils ont été pris dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu du 28 juillet 2025, des procès-verbaux convenus du GBC des 7 août, 10 septembre et 23 octobre 2025, de la Déclaration conjointe sur la paix et le règlement pacifique des différends signée le 26 octobre 2025 et du Communiqué conjoint de la Réunion spéciale du GBC du 27 décembre 2025. Ces documents réaffirment collectivement l'obligation pour les deux parties de s'abstenir de toute mesure unilatérale et de régler les questions en suspens exclusivement par des moyens pacifiques, conformément au droit international.
Le démantèlement des infrastructures civiles par les forces armées thaïlandaises contraste fortement avec les progrès significatifs accomplis par la Commission conjointe de délimitation des frontières, notamment sur les segments frontaliers situés entre les bornes 52 et 59, et entre les bornes 42 et 47. Ceci soulève de sérieuses inquiétudes quant à une possible tentative de la Thaïlande de compromettre les efforts de démarcation en cours en créant un fait accompli sur le terrain.
En conséquence, le Cambodge exige de la Thaïlande qu'elle cesse immédiatement toute activité militaire hostile le long de la frontière khméro-thaïlandaise et sur son territoire ; qu'elle retire l'ensemble de son personnel et de son matériel militaires du territoire du Royaume du Cambodge vers des positions pleinement conformes à la frontière légalement établie ; et qu'elle respecte le mandat des Commissions conjointes de délimitation des frontières des deux pays, mandatées pour délimiter la frontière sur la base des accords existants et du droit international. Le Cambodge s’engage à respecter de bonne foi les termes et l’esprit de l’accord de cessez-le-feu du 28 juillet 2025, de la Déclaration conjointe sur la paix et le règlement pacifique des différends entre le Cambodge et la Thaïlande, signée à Kuala Lumpur le 26 octobre 2025, et du Communiqué conjoint de la Réunion spéciale du GBC du 27 décembre 2025.
Le gouvernement royal du Cambodge réaffirme son engagement constant et inébranlable à rechercher un règlement amiable de tous les différends frontaliers avec la Thaïlande, comme avec tous ses voisins, par des moyens pacifiques et conformément au droit international, tout en maintenant sa position de principe selon laquelle les frontières ne doivent pas être modifiées par la force.
Le Cambodge espère que la communauté internationale encouragera la Thaïlande à régler les différends frontaliers conformément au droit international et à ses obligations en vertu des traités et accords existants.



Par C. Nika





