Le Sud global peut faire des BRICS un moteur majeur de son développement, selon un expert malgache
AKP Phnom Penh, le 16 septembre 2026—
Les BRICS, après 20 ans de coopération, apparaissent comme l'un des principaux leviers dont dispose aujourd'hui le Sud global pour faire entendre sa voix, défendre ses intérêts et peser davantage sur la gouvernance mondiale, a déclaré Claudio Rabenja, expert malgache en économie et en relations internationales, lors d'une interview écrite accordée lundi à Xinhua.
A l'issue du 18e sommet des BRICS, récemment tenu en Inde, M. Rabenja a qualifié le bilan des BRICS de "globalement très positif", soulignant leur transformation d'un cadre de coopération entre quelques grandes économies émergentes en une plateforme majeure de coopération entre les pays en développement, qui couvre de multiples domaines, notamment le commerce, l'investissement, la finance, les sciences et technologies.
Il a indiqué que la coopération au sein des BRICS avait permis d'obtenir trois acquis essentiels, à savoir le droit de chaque pays à choisir sa propre voie de développement en fonction de ses réalités nationales, la capacité à maintenir la solidarité face aux grandes crises internationales et l'approfondissement de la coopération économique et technologique.
L'élargissement des BRICS représente, selon lui, une évolution importante dans la structuration du Sud global, traduisant l'aspiration de nombreux pays du Sud à participer davantage à la gouvernance mondiale. "L'objectif n'est pas de remplacer un hégémonisme par un autre, mais de construire un système dans lequel les pays sont considérés sur un pied d'égalité", a-t-il affirmé.
Pour M. Rabenja, l'enjeu est désormais de transformer cette dynamique politique en capacités concrètes au service du développement. Les pays du Sud global devraient investir dans les infrastructures, l'industrialisation, l'énergie, l'éducation et la formation professionnelle, tout en favorisant la transformation locale des ressources pour renforcer leurs capacités productives.
D'après l'expert, l'intelligence artificielle (IA) constitue à cet égard "un véritable accélérateur du développement du Sud global". Les pays africains pourraient notamment l'exploiter dans de divers secteurs tels que l'agriculture, la santé, l'éducation, la finance, l'industrie et la gestion urbaine.
L'initiative chinoise de favoriser une IA ouverte et inclusive, de promouvoir la coopération autour des grands modèles de langage et de renforcer la formation spécialisée pourrait, selon lui, contribuer à réduire la fracture technologique. La coopération avec la Chine permettrait ainsi non seulement d'"importer des technologies", mais surtout de "développer progressivement des compétences et des capacités technologiques locales".
"L'objectif doit être de faire de la révolution numérique un outil de souveraineté et de développement", a-t-il noté.
A ses yeux, la coopération Sud-Sud devrait également se renforcer dans le commerce et l'investissement. La diversification des partenaires commerciaux, les investissements croisés et le développement de chaînes de valeur régionales sont susceptibles de contribuer à réduire la vulnérabilité des économies en développement face au protectionnisme et à dynamiser les échanges parmi les pays du Sud global.
Vu que la position de la Chine consiste à défendre une économie mondiale ouverte et le système commercial multilatéral centré sur l'Organisation mondiale du commerce (OMC), tout en s'opposant à l'imposition arbitraire de droits de douane et aux mesures protectionnistes, sa coopération avec le Sud global offre de nouvelles possibilités de diversification des partenaires. Et l'ouverture du marché chinois vers les pays africains et le développement de relations commerciales entre la Chine et l'Afrique peuvent surtout aider à élargir les débouchés des produits africains, selon M. Rabenja.
Il a salué le traitement tarifaire zéro accordé par la Chine aux 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, estimant que cette mesure pourrait créer de nouvelles perspectives aux exportations africaines et encourager davantage la transformation locale des ressources.
De son point de vue, la paix et la réforme de la gouvernance mondiale constituent un autre axe essentiel pour le Sud global. Les pays du Sud sont appelés à jouer un rôle accru dans la construction de la paix internationale, tout en défendant les principes de souveraineté, de non-ingérence et de règlement pacifique des différends.
"Une gouvernance mondiale plus juste signifie que les règles internationales doivent être élaborées collectivement et appliquées sans deux poids, deux mesures", a-t-il jugé.
Cette évolution de la gouvernance mondiale devrait également tenir compte de l'émergence de nouveaux domaines stratégiques, tels que le cyberespace, l'espace extra-atmosphérique, l'IA et les ressources des grands fonds marins.
En particulier, M. Rabenja a considéré les échanges entre les jeunes comme "un investissement stratégique" pour l'avenir de la coopération sino-africaine. Ces derniers pourraient devenir "les futurs acteurs des relations sino-africaines et, plus largement, de la coopération Sud-Sud".
Il a ajouté que, pour l'Afrique, les échanges éducatifs avec la Chine pourraient ainsi contribuer à former une nouvelle génération d'ingénieurs, de chercheurs, d'entrepreneurs et de cadres, tout en jetant les bases d'une coopération internationale "fondée non pas sur l'uniformisation, mais sur la coexistence et l'inspiration mutuelle".
Evoquant la présidence chinoise des BRICS l'année prochaine, M. Rabenja a nourri de grandes attentes sur l'inauguration d'"une troisième décennie d'or de la coopération BRICS". Il a souhaité qu'elle privilégie des projets concrets dans les domaines de l'industrialisation, des infrastructures, du numérique, de l'énergie, de l'agriculture et de la formation des talents, afin de renforcer les capacités productives des pays du Sud global.
Il a estimé que cette nouvelle décennie d'or pourrait également ouvrir une nouvelle phase de coopération entre les BRICS et l'Afrique, davantage axée sur la transformation structurelle des économies africaines.
"La montée en puissance du Sud global ne devrait pas conduire à une nouvelle confrontation entre blocs, mais à la construction progressive d'un ordre mondial plus multipolaire, plus représentatif et davantage orienté vers le développement partagé", a-t-il conclu.
AKP-Xinhua


