Le Cambodge informe le Rapporteur spécial de l’ONU que l’empêchement du retour des civils déplacés constitue une grave violation des droits humains
AKP Phnom Penh, le 23 juillet 2026 --
Le Cambodge a informé le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Cambodge que l’empêchement persistant du retour de plus de 20 000 civils cambodgiens déplacés par les forces militaires thaïlandaises constituait une grave violation des droits de l’homme et du droit international.
La question a été soulevée par Keo Sothie, vice-président du Comité cambodgien des droits de l’homme (CHRC), lors d’une réunion tenue jeudi au Bureau du Conseil des ministres avec Thomas Andrews, Rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme au Cambodge.
Représentant Keo Remy, ministre d’État et président du CHRC, Keo Sothie conduisait une délégation interministérielle composée de représentants des ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires féminines, du Travail et de la Formation professionnelle, ainsi que des Affaires sociales, des Anciens combattants et de la Réhabilitation de la jeunesse.
Selon un communiqué du CHRC, la réunion a porté sur les progrès de la situation des droits de l’homme au Cambodge ainsi que sur le renforcement de la coopération entre le Cambodge et le Rapporteur spécial de l’ONU.
Au cours des échanges, Keo Sothie a mis en avant les efforts du Gouvernement royal pour améliorer les conditions de vie de la population dans le cadre de la Stratégie pentagonale – Phase I, notamment grâce à un programme de formation professionnelle destiné à 1,5 million de jeunes issus de familles pauvres et vulnérables. Ce programme vise à soutenir l’objectif du Cambodge de devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici 2030 et un pays à revenu élevé d’ici 2050.
Il a également présenté le rôle du CHRC dans la promotion et la protection des droits de l’homme à travers les mécanismes de traitement des plaintes, l’éducation aux droits humains et l’élaboration de rapports dans le cadre des traités internationaux relatifs aux droits de l’homme.
Keo Sothie a ensuite informé le Rapporteur spécial des conséquences du conflit frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande, rappelant que plus de 640 000 Cambodgiens avaient été déplacés. Bien qu’un accord de cessez-le-feu ait été conclu le 27 décembre 2025, plus de 20 000 personnes déplacées demeurent dans l’impossibilité de regagner leur foyer à cause de l’installation de barbelés et de conteneurs par les forces militaires thaïlandaises, de la destruction d’habitations civiles et de la poursuite de l’occupation illégale de territoires cambodgiens.
Il a souligné que ces actes constituaient de graves violations des droits de l’homme et traduisaient une tentative de créer un fait accompli sur le terrain.
Le responsable cambodgien a réaffirmé l’engagement du Cambodge à régler le différend frontalier par des moyens pacifiques, conformément au droit international, notamment dans le cadre de la Commission mixte de délimitation des frontières entre le Cambodge et la Thaïlande (JBC).
Pour sa part, M. Andrews a remercié les autorités cambodgiennes pour cette rencontre et s’est dit préoccupé par la situation des droits de l’homme découlant du conflit frontalier. Il a indiqué qu’il se rendrait dans les zones frontalières concernées afin d’évaluer directement la situation des civils déplacés.
Le Rapporteur spécial a aussi salué la coopération internationale du Cambodge dans le domaine des droits de l’homme, notamment son acceptation de plus de 84% des recommandations formulées lors du quatrième cycle de l’Examen périodique universel (EPU), ainsi que les efforts du pays en faveur de la promotion et de la protection des droits des personnes LGBTQ+.
Les discussions ont également porté sur la création d’une institution nationale des droits de l’homme, les mesures de lutte contre les escroqueries en ligne et la protection des libertés fondamentales.
En réponse, Keo Sothie a informé le Rapporteur spécial que le Cambodge s’était associé à la France pour parrainer le projet de résolution intitulé « Vers la dépénalisation universelle de l’homosexualité », qui devrait être examiné lors de la 62e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
Il a en outre précisé que le projet de loi portant création d’une institution nationale des droits de l’homme avait déjà été soumis au Bureau du Conseil des ministres. S’agissant de la cybercriminalité, il a mis en avant les efforts continus du gouvernement royal pour lutter contre les escroqueries en ligne grâce à la mise en œuvre de la Loi sur la lutte contre les cyberescroqueries, ainsi qu’au renforcement des enquêtes et des opérations de répression visant les réseaux et les auteurs présumés de ces activités.



Par C. Nika





