OPINION : La région et le monde doivent condamner la Thaïlande
AKP Phnom Penh, le 25 décembre 2025 --
1.La guerre d’agression que Bangkok mène contre le Cambodge constitue un tournant géopolitique extrêmement dangereux. À l’échelle mondiale, elle marque un retour vers un ordre international antérieur à la Seconde Guerre mondiale. À l’échelle de l’Asie du Sud-Est, elle signifie une régression vers la période d’avant la création de l’ASEAN en 1967 : celle du « grand qui frappe le petit », du « chacun pour soi », de la loi du plus fort et de l’arbitraire.
2.Cette « guerre thaïlandaise d’agression contre le Cambodge » relève d’une stratégie brutale où l’on jette à la poubelle de l’histoire les traités, les accords, les cartes officielles et le droit international, afin de redessiner les frontières par la force. À la place du dialogue, on impose la violence : puissance militaire, chasseurs F-16, T-50TH et Gripen, bombardements, bombes à sous-munitions, fumées toxiques, drones armés, chars et véhicules blindés.
3.Cette guerre d’agression pourrait tôt ou tard entraîner toute l’Asie du Sud-Est dans un engrenage d’insécurité, d’instabilité et de conflits en chaîne. Elle commence à détruire les acquis de plusieurs décennies d’efforts de l’ASEAN pour construire un espace régional de coopération, de paix et de prospérité partagée. Car, depuis le 7 décembre 2025, l’architecture même de l’ASEAN est déjà fissurée : un État membre attaque militairement un autre État membre.
4.Les autres voisins de la Thaïlande, tous membres de l’ASEAN, peuvent-ils réellement se sentir en sécurité en voyant le Cambodge attaqué simultanément par la terre, les airs et la mer ?
Il suffit d’imaginer l’effet qu’aurait, au sein de l’Union européenne, l’invasion armée d’un État membre par un autre pour mesurer la gravité de la situation.
Il appartient désormais aux dirigeants régionaux et mondiaux, ainsi qu’à l’opinion publique régionale et internationale, de faire preuve de courage : le courage de réagir, le courage de condamner, et le courage de nommer cette guerre pour ce qu’elle est, une « guerre thaïlandaise d’agression contre le Cambodge ».

Par Jean-François Tan
Ministre délégué auprès du Premier ministre
(Les opinions exprimées sont celles de l’auteur.)





