Le Cambodge proteste vigoureusement contre l'intention de la Thaïlande d'appliquer sa législation nationale aux ressortissants cambodgiens
AKP Phnom Penh, le 20 septembre 2025 --
Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a officiellement enregistré la vive protestation et l'objection du gouvernement royal du Cambodge contre l'intention de la Thaïlande d'appliquer sa législation nationale aux ressortissants cambodgiens des villages de Chok Chey et Prey Chan, commune d'O' Beichoan, district d'O' Chrov, province de Banteay Meanchey.
Cette vive protestation a été exprimée dans une déclaration publiée ce soir par le ministère, soulignant :
« 1. Le 18 septembre 2025, le porte-parole de la première région militaire de l’Armée royale thaïlandaise a émis un avertissement public concernant l’application du droit interne thaïlandais aux ressortissants cambodgiens, qui prévoit des peines allant jusqu’à la réclusion à perpétuité, voire la peine de mort, pour les soi-disant ‘actes contre la souveraineté thaïlandaise’. Cette mise en garde fait suite aux incidents du 17 septembre 2025, au cours desquels les forces de sécurité thaïlandaises ont utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc contre des villageois cambodgiens du village de Prey Chan, où la Thaïlande a récemment eu recours à la force pour tenter d’exercer sa souveraineté territoriale.
2. L’application par la Thaïlande de son droit interne sur un territoire contesté contourne l’obligation fondamentale prévue aux articles 2(3) et 2(4) de la Charte de l’ONU, qui exigent le règlement pacifique des différends et interdisent le recours à la force contre l’intégrité territoriale d’un autre Etat. L’application de sanctions pénales sévères, y compris la peine capitale, à des ressortissants cambodgiens participant à des manifestations pacifiques constitue également une grave violation des droits humains fondamentaux garantis par le droit international. De telles actions violent directement la liberté de réunion et d'association pacifiques, une norme fondamentale de la Déclaration universelle des droits de l'homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auxquels la Thaïlande est partie. L'action de la Thaïlande viole également la Charte de l'ASEAN et le Traité d'amitié et de coopération (TAC), qui obligent les Etats membres à s'abstenir de tout acte de provocation et à régler pacifiquement leurs différends.
3. L'intention de la Thaïlande d'appliquer sa législation nationale aux ressortissants cambodgiens qui manifestent pacifiquement démontre clairement son recours à la force pour affirmer sa souveraineté sur une zone non encore délimitée, violant ainsi fondamentalement les obligations et engagements conventionnels de la Thaïlande au titre du Mémorandum d’entente entre le gouvernement du Royaume du Cambodge et le gouvernement du Royaume de Thaïlande sur le levé et la démarcation de la frontière terrestre (MoU 2000), qui constitue le cadre fondamental pour le traitement des questions frontalières non résolues. De plus, l'action susmentionnée interfère directement avec le mandat de la Commission mixte de délimitation des frontières, qui consiste à lever et à délimiter la frontière, conformément à l'article 2 du MoU 2000.
4. Le Cambodge appelle la Thaïlande à cesser toute activité susceptible de compromettre les efforts de désescalade, conformément aux engagements mutuels pris en vertu de l'Accord de cessez-le-feu du 28 juillet 2025 et des procès-verbaux approuvés du Comité général des frontières (GBC) des 7 août et 10 septembre 2025.
Le gouvernement royal du Cambodge réaffirme son engagement constant et indéfectible à rechercher une résolution amiable de tous les différends frontaliers avec tous ses voisins par des moyens pacifiques, conformément au droit international, tout en restant résolu à défendre sa position de principe selon laquelle les frontières ne doivent pas être modifiées par la force. Le Royaume se réserve également tous ses droits en vertu du droit international et estime que les affirmations de la Thaïlande concernant son droit interne n'ont aucun effet juridique ni ne portent préjudice au processus conjoint d'arpentage et de démarcation.
Par C. Nika





